Partager l'article ! Le laos en moto .. Le peuple de la forêt 1ère: Coucou mes toi... A l'heure où je vous écris, me ...
Coucou mes
toi...
A l'heure où je vous écris, mes idées et ses mots se bousculent encore, elles sont confuses, désordonnées, chargées d'émotions, je devrais prendre du recul et vous écrire plus tard, mais j'ai un besoin pressant de dire, peut-être aussi de réaliser l'histoire incroyable qui vient de m'arriver... Je vous la livre comme ça, sans réfléchir, sans analyser, juste des émotions...
Le jour de la pluie du manguier... (1ère partie)
Je suis partie en moto pour le sud du pays, le loueur (un Français) m'avais dit prends cette piste-là, elle est praticable et pas difficile (sa nièce l’avait faite)...
Le premier jour j'ai fait 350 kilomètres sur une route droite jusqu’à Thakhek, j’étais fatiguée mais heureuse, j’avais même croisé Sabine et Uli que j’avais rencontré à Ventiane et qui faisaient
le tour du monde à vélo depuis l’Autriche. Le lendemain il a plu et ce n’est que le jour d’après que j’ai pris une piste sur 200 bornes env. magnifique, paysages superbes, des villages, des gens,
une chaîne de montagnes karstiques avec des grottes et une forêt primaire ; j'avais l'impression d'être dans un autre monde sur cette route droite qui filait vers je ne sais où et je rêvais au
bout de la longue journée brûlante d'un petit virage qui, forcément, a fini par arriver!....
Entre deux montagnes et après une descente vertigineuse, il y a eu un passage qui semblait sec et aussi étroit qu’un boyau de moineau sur un sentier boueux. Ma roue avant avait l’air d’apprécier, mais pas celle de l’arrière, trop large... Une super glissade digne d'un vidéo gag jungle, atterrissage pas contrôlé sur le bas-côté, moi parterre et mon van van sur moi (bon ça je connais depuis l’Egypte, attendre un dixième de seconde les premières douleurs, tout en coupant l’arrivée d’essence qui coulait déjà sur moi, enlever le casque...qui luit forcément, ne voulait pas).
Je regarde ma jambe coincé et j’essaye de relever la moto et c’est à ce moment là, très exactement, que j’ai entendu comme un écho, la voix de Serguei qui me disait à Pak Ben"Elisa, promets-moi de jamais aller seule dans la jungle en moto, car personne ne te viendra en aide, personne, car il n’y a tout simplement personne.... ".
Reflex- trouille aidant, j'ai crié, non même pas, j'ai hurlé, bloqué sous la bécane tout en imaginant le pire. C’est au bout d'une bonne demi- heure de Help, sous un soleil encore de plomb, que j'ai réussi à me dégager. Savonne m’est apparu d’un coup comme un ange sortie de je ne sais où.... C’est une femme âgée Savonne, magnifique, avec un chapeau pointu retenu par un fil, un tissu à carreaux autour des cheveux, de grandes boucles d’oreilles dorées. Elle tenait un long bâton en bambou de la main droite et un panier tressé en bandoulière sur la gauche dans lequel il y avait un crabe, un petit poisson chat, des fourmis, et des herbes.... Mamamia ! et un sourire, un sourire extraordinaire qui illuminait tout !!
Elle m’a prise dans ses bras et je l’ai serré fort, fort, elle me parlait, je lui parlait, on ne comprenait rien, alors on s’embrassait...On s’accrochait l’une à l’autre comme si on se connaissait depuis toujours, plus rien n’avait d’importance, pas même mes douleurs...
Un homme à scooter est passé plus tard et m’a aidé à redresser la moto, Le soleil était bas maintenant, il fallait que je reparte pour trouver de quoi me loger malgré mon envie de rester avec elle et j’avais du mal à croire que je ne la reverrai plus jamais. Je l’ai quitté, les larmes aux yeux...
Je boitais terriblement et à moto c’était pire, à chaque changement de vitesse le muscle de ma cuisse gauche me faisait horriblement souffrir, impossible de continuer... en plus des écorchures de partout, des bleus énormes et surtout mon genou tordu car si les ligaments ont tenus, une grosse boule au-dessus du mollet et à l’arrière de genou gauche est apparu...
Le village n’était pas loin en faite, à peine un kilomètre, et je me suis arrêté sous un grand arbre à l’ombre pour respirer et demander si je pouvais dormir quelque part... Un homme avec une belle chemise rose bonbon a refusé, en prétextant qu’il fallait une autorisation spéciale... papier, papier, il m’a dit de passer mon chemin, et c’est ce que j’ai fais....
Plus loin au bout d’un autre village, c’est quand j’ai vu qu’il y avait une marre à passer, que j’ai calé... Juste là devant eux, assis tous sur un grand tronc d’arbre... Ils se sont levés d’un coup, et moi je suis descendu de ma moto, ils m’ont invité à m’assoir, je leurs ai raconté mon histoire, et j’ai demandé l’hospitalité...
Les femmes les plus âgées m’ont examinés, toucher, tâter, questionner, elles m’ont donné à boire, des mangues vertes en tranches avec du sel....
Un homme s’est levé d’un coup (c’est Chem) et a dit très fort, tu restes là, sans doute trois jours pour que ta jambe aille mieux, mais tu peux rester autant que tu veux !....
SHABA DIIII !!! (Bienvenue !)
Une femme que je n’avais pas encore vu m’a dit de la suivre jusqu’au puits, là...., elle m’a fait signe de me déshabiller, pour que je me lave et il fallait faire vite car la nuit tombait.... Gloups ! tout le monde regardait.... j’ai vite sorti mon sarong du sac et j’ai juste eu le temps de le mettre autour de mon corps (pardessus mes vêtements, en pensant me déshabiller après, qu’elle m’avait déjà versé un seau d’eau glacé sur la tête)... Après plus rien n’a eu d’importance, je me suis déshabillée, comprenant que je n’avais pas le choix et de toute manière l’eau était délicieuse... je me suis lavée à grandes eaux devant des dizaines de regards fascinés par la couleur de ma peau, de mes cheveux, de mes rondeurs, bref, du truc étrange qui était arrivé jusqu’à eux...
C’est trempée et fraîche qu’elle m’a emmené devant la maison sur pilotis qui était juste en face du tronc d’arbre, et c’est au moment où je voulais monter l’échelle que quelqu’un qui criait et pleurait en même temps ma retenu et prise dans les bras, je me suis retourné, c’était Savonne... Je m’étais pile poile arrêté devant sa maison et Chem est son fils...
Le temps de m’habiller de vêtements propre, que la nuit noire était là, que le feu dans l’âtre brulait, j’accrochais ma moustiquaire que j’entendais encore Savonne, à l’extérieur, raconter et raconter mon sauvetage... Elle imitait mes cris et recommençait depuis le début son histoire.... Moi, je souriais de bonheur....
Elle a fini par monter l’échelle, enlever son chapeau, s’assoir sur le sol, et m’a invité à prendre le repas avec eux... C’est avec ma petite lampe torche que j’ai dîné, en ne voyant pas tout de suite, les fourmis rouge grillées.... Mais j’étais trop nase pour me poser des questions idiotes.... du riz gluant, une sauce épicée dans un bol, c’était tout simplement parfait...
Ils sont tous venus ce soir là assis contre le mur ou debout, m‘ont touchés tour à tour interrogeant Savonne qui ne se faisait pas prier... La femme du bain à mimer ma façon de me laver, genre non non elle a tout nettoyer (elle se lave comme nous).... Rires Plus tard, je me suis couché sachant qu’ils ne partiraient pas avant que je ne dorme, je me suis glissé sous ma moustiquaire, pris mon sac à viande et j’ai cru entendre encore des voix dans un chuchotement, puis plus rien... >Savonne m’a dit le lendemain que j’avais crié toute la nuit.... L’aube pointait, il est cinq heures le peuple de la forêt s’éveille...
Les deux jours qui ont suivit ont été étrange, je me laissais faire, je ne savais pas où j’étais, le village n’est sur aucune carte, eux même ne savent pas ce qui a après le prochain village.
J’étais à la préhistoire, dans un éco musée vivant où on ne essayait pas de mimer une vie qui n’existe plus, mais on la vivait tout simplement... Je n’ai jamais vu de ma vie des gens vivre en
aussi parfaite symbiose avec la nature, la forêt est dieu, elle donne tout, elle peut prendre aussi... Je leurs ai confier ma vie sans aucune hésitations, je les suivais, je les écoutais, je
faisais comme eux... Ils me disaient tu manges, je mangeais, tu dors je dormais, tu bois, je buvais, ils ont soignés ma cuisse avec des onguents fait de trucs et de machins, et qui chauffaient
presqu’à bruler.... Ils étaient là à m'observer, m'aider, curieux de moi, à me protéger, à m'éduquer, à me laisser les aimer....
C’est kéo qui m’initiait bouffe.... elle me disait ça c’est bon, en fourrant un truc dans sa bouche, il ya des hannetons à déjeuner aujourd’hui, avec quelques piments écrasés dans un bol avec des
herbes au goût d’ail....quelques champignons dans une soupe que Savonne a trouvé dans la journée, des pousses de bambous, des fleurs à peine écloses, au parfum suave pénétrant, un lézard une
femelle avec deux œufs dans le ventre, des fourmis rouges grillées des baies oblongues au goût de myrtille pour dessert....Magique.... !
C’est Savonne qui va à la chasse tous les jours, à l’aube, tous les jours. Elle prends deux jours de suite la même direction, puis change, elle rentre en début d’après midi, déjeune, fait une sieste, et y retourne, Ne croyez pas que ce soit une corvée, elle adore ça, faut voir avec quelle joie elle se prépare et avec qu’elle satisfaction elle revient avec ses trésors......
Elle me fait penser à ma grand-mère que je vénérais, et qui m’emmenait des journées entières dans la forêt du Neu Land, glaner des noix, des fruits des champignons. Dieu que j’aimais ça... Nous rêvions de voyage toutes les deux.... Elle est décédée depuis trop d’années, mais avant de partir elle m’a dit " tu sais quand je partirai j’irai vers l’est "Je crois que je l’ai retrouvé en Savonne....
Il y a des bébés partout accrochés aux seins lourds de lait de leurs mères, qu’on se refile si on veut un peu de paix... Souvent ce sont les frères et sœurs qui baladent sur leurs hanches les rejetons et ne les lâchent pas même quand ils jouent ou grimpent aux arbres, les pères prennent le relais en fin d’après midi, les enfants sont élevés par tous...
Les femmes ont toutes une activité en plus du travail de la maison. Elles tissent du Kelch, où font des chapeaux pointus, filent des filets, filent le coton ou les teignent dans le jus de baies sauvages, les couleurs sont toutes naturelles.... Elles boucanent des lambeaux de viandes d’animaux inconnus de moi et que les hommes rapportent de la chasse...Ils font leurs outils en métal.... Ils ont tous des poules, des cochons, un buffle et deux petits pour Salote, mais jamais jamais ils ne boivent du lait... Pas bon m’ont –ils dit...Ils ont un jardin derrière leurs maisons, et y cultivent des herbes....Je ne sais pas ce que font les hommes dans la journée...
C’est Kââm la belle fille de Savonne qui s’occupent du repas et de la maison, mais il y a toujours quelqu’un qui passe, apporte quelque chose et aide à la cuisine, ou se sert sans que ça pose un problème, ici le "je ne veux pas être déranger, prends rdv " n’existe pas.... Le partage est vital pour la survie de tous... Certain pourraient dire " Ils sont pauvres, ils n’ont rien, ils ne sont pas éduqués " or ils ont tout et moi je ne sais rien.... rien de rien... rien ! Kèo n’imagine même pas ce que peut être une école, mais elle en sait plus que moi pour vivre, sa petite sœur Gwen accrochée au sein de Kââm avait un coupe coupe aiguisé comme un rasoir dans la main et se coupait des tranches de mangues avec une dextérité que je n’aurai jamais, pas un seule instant sa mère ne s’est demandé ce qu’elle faisait... Elle a même découpé avec la même lame, une pousse de bambou aussi fine qu’une allumette en tranches fines dans la longueur pour me les donner et après le repas et toujours tout en tétant, avec son air détaché, elle a coupé ses ongles de doigts de pieds, elle n’a pas plus de dix huit mois !!... j’hallucinais !!!
Ces trois jours ont passé à une vitesse incroyable, entre les cueillettes, les tchatches bébés, les tchatches grand-mères, les bains, les repas, les soirées...Mais il a bien fallu partir, mon visa filant à toute vitesse, et la moto n’était pas à moi... Si je n’avais pas eu ces deux impératifs, je crois bien que je restais....
Ils m’ont tant donné que je ne savais pas comment faire pour les remercier, et en partant c’est Chem qui m’a dit.... Merci pour être venu jusqu’à nous...
L’aube pointait à l’est quand je me suis préparée pour le départ, il était tous là, sauf Savonne et Kèo... Chem m’a accompagné jusqu’au prochain village, pour me montrer par où passer à travers les champs et rizières... Il m’a dit tu vas tout droit, et quand il y a de l’eau tu vas lentement... Il ne savait pas ce qui m’attendait...
Une des pires journées de ma vie commençait...
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Quelle superbe histoire! cela ne m'étonne pas du Laos, c'est comme ça, le vrai Laos.
Merci de partager ces moments, je met de suite un lien sur mon site, et avec votre permission peut être des photos ?
Amicalement, Pat.